LE DERNIER LOUP décrit les liens quasi mystiques qui unissent le peuple mongol aux loups.

Et c’est une attitude qui diffère radicalement de celle adoptée par l’Occident où le loup était exclusivement considéré comme une menace. Dès le VIIIème siècle, des louveteries ont été créées à l’entrée des villes pour les chasser. Le métier de louvetier était une charge qui se transmettait de père en fils pour protéger la population ; une charge d’autant plus confortable que les loups n’entraient pas ou très rarement dans les villes, et que le véritable danger venait paradoxalement des cochons qui traînaient dans les villages et attaquaient régulièrement les enfants. À cette époque, on accrochait les bébés, langés très serrés, à des clous aux portes des habitations tandis que leurs parents s’en allaient travailler. Échappant à la vigilance des glandeurs chargés de mener les cochons sous les chênes pour qu’ils puissent fouiller la terre à la recherche de nourriture, ceux-ci s’en prenaient aux nourrissons et les mangeaient. Ils étaient jugés, on les pendait mais, pour autant, ils n’inspiraient pas cette peur liée aux loups, et celui qui lui infligeait son châtiment n’était pas « héroïsé », à la différence du louvetier, lorsqu’il tuait un loup. N’oublions pas que, en Occident, on a souvent qualifié le loup de « Juif des animaux ». Parce qu’il est étrange, beau et inquiétant, parce que, comme les félins, c’est un animal magique, on le charge de tous les péchés. Il devient un objet de fantasme.

 

En voyant le film, on a le sentiment d’une fascination réciproque des loups pour les hommes.

C’est que nous les intéressons beaucoup ! Même si les loups n’attaquent pour ainsi dire jamais les hommes, ils les suivent, leur tournent autour, surveillent les restes des repas, les restes des feux. Ils en prennent facilement l’empreinte. C’est sans doute grâce à cette faculté qu’il y a 10 000 ou 15 000 ans, des louveteaux ont pu être adoptés par des êtres humains : ils ont quitté leurs parents pour s’approcher très près des hommes et, de génération en génération, ont été progressivement transformés en chiens. La même bandelette génétique a provoqué des développements organiques et mentaux différents.

 

Dans l’estime mutuelle que se portent le peuple mongol et les loups, le respect de la nature semble compter pour beaucoup : aucun des deux n’accomplit de sacrifices inutiles. Chacun ne tue qu’en fonction de ses besoins avec un véritable souci de l’environnement.

loups2Autant un chien redevenu sauvage va perdre le contrôle en retournant dans un milieu naturel et égorger le premier mouton qui passe, autant le loup, qui vit et chasse en meute, a des comportements parfaitement ritualisés. Les chasses auxquelles il se livre sont finalement assez révérencieuses. Les Mongols, les Indiens d’Amérique du Sud, les peuples d’Asie n’agissaient pas autrement. Ils se montraient très respectueux des animaux, en tuaient le moins possible et toujours pour de bonnes raisons – manger, utiliser la peau, les os afin d’en faire des hameçons, des aiguilles, des outils de chasse… Ils avaient le respect du vivant. Bien sûr, il n’y a pas là d’intention militante, mais ce respect mène au respect écologique. En conquérant la planète, l’Occident, lui, s’est donné le droit de dominer la nature, de mettre le feu, de détourner des cours d’eau, massacrer en masse les animaux ou les enfermer.

 

Autre signal environnemental fort : cette capacité qu’ont les loups de réguler leur reproduction.

Tous les animaux ont un comportement de reproduction adapté à l’écologie. En cas de surpopulation, les lapines avortent spontanément et on voit même des situations où les petits qu’elles portent sont résorbés dans l’utérus. Lorsque le pâturage fait défaut, les femelles gazelles sont moins fertiles, elles n’ont plus leurs règles.

 

Le vieux Bilig, l’un des personnages du film, est si fasciné par les loups qu’il n’hésite pas à dire à leur propos « nous sommes leurs apprentis ». En quoi leur organisation est-elle exemplaire ?

Elle est fondée sur une hiérarchie et des comportements si impeccablement ritualisés qu’ils leur permettent de vivre entre eux sans violence. Ce sont des grognements, des gestes – relever la babine, lécher la babine, montrer son ventre. Ainsi, pour exprimer sa soumission à un mâle dominant, un loup va montrer son ventre ou s’incliner en baissant la tête, en mettant sa queue entre ses pattes et en lui donnant un coup de langue. Tous ces rituels stoppent très rapidement l’agressivité des loups.

 

Leurs techniques de chasse sont assez impressionnantes.

Elles sont extrêmement élaborées, chaque loup utilisant son corps comme un spécialiste au sein d’une équipe très coordonnée. Le loup le plus rapide colle au train de la proie tandis que le plus corpulent, plus lourd et plus puissant, va partir latéralement ce qui peut paraître totalement illogique à un observateur. En réalité, tous deux savent que, comme au rugby, la proie convoitée va pratiquer la technique du contre-pied. Pour échapper à son poursuivant qui lui colle au train et tente de la faire tomber, elle va changer brutalement de direction ce qui va lui redonner quelques mètres d’avance, et ceci plusieurs fois. Pendant ce temps-là, le loup plus corpulent, qui court latéralement, gagne évidemment du terrain et la proie va littéralement se jeter dans sa gueule.

 

Face à eux, la résistance s’organise : les chevaux font ainsi formidablement corps avec leurs gardiens pour se défendre.

C’est ce que les éthologues appellent la familiarité : percevant la menace, ils se réunissent, s’unissent, en éprouvant un grand sentiment de familiarité – nous humains parlerions de solidarité -, qui les protège.

 

Comme beaucoup d’animaux, les loups utilisent un certain nombre de stratagèmes pour capturer leurs proies, les conduire, par exemple, au bord d’un lac gelé où eux seuls sont capables de se mouvoir. Diriez-vous qu’ils mentent ?

On dit qu’ils adoptent un comportement de leurre. Lorsqu’ils sont attaqués par un prédateur, les diamants tachetés, ces petits oiseaux chanteurs que nous aimons tant, ont ainsi une technique très rodée. Tandis que la femelle et ses petits prennent la fuite, le mâle attire le prédateur, il s’expose en faisant pendre une de ses ailes de façon à faire croire qu’elle est brisée. Le jugeant vulnérable, le prédateur fonce sur lui. À une distance qu’il connaît au centimètre près, le diamant argenté s’envole et lui échappe. Le leurre est tout de même un chemin vers la manipulation du monde mental.

dernierloup017

De nombreux peuples de chasseurs et de guerriers se sont si fort identifiés aux loups qu’ils se réclamaient d’ancêtres légendaires, nés d’un accouplement avec cette espèce. Même si le loup n’est pas le seul animal de la mythologie à se prêter à ce type de récits, on lui accorde une spiritualité toute particulière…

Il est fascinant, donc on lui attribue des pouvoirs surnaturels. Mais ces dons peuvent vite être interprétés de façon négative. On a aussi très rapidement transformé les loups en diables. Tout comme l’Inquisition, au Moyen-Âge, a fait passer la femme du statut de fée à celui de sorcière – sous prétexte que sa beauté ensorcelait les hommes -, d’intelligent et magique, le loup peut progressivement être appréhendé comme un sorcier qui va user de son pouvoir étrange pour nous détruire.

 

Autre mythe très vivace, la louve maternelle qui allaite des petits d’humains…

Il existe en effet beaucoup de récits autour d’enfants sauvés par des louves. Aucun qui ne s’étaie sur des faits réels. Ce sont des légendes dont la plus connue est celle de la louve romaine qui recueillit et nourrit les futurs fondateurs de Rome – Romulus et Remus -, au pied du Mont Palatin. Romulus et Remus faisaient en réalité sans doute partie de ces enfants de prostituées qui étaient abandonnés dans des décharges. Beaucoup d’entre eux étaient ramassés dans ces lieux et on les élevait en vue de les revendre comme esclaves. La légende de la louve romaine témoigne de cette attitude qu’on adopte encore aujourd’hui à l’égard des enfants abandonnés : on les admire parce qu’ils ont réussi à survivre et les craint pour les mêmes raisons : on les pare de pouvoirs exceptionnels.

 

Comme les Tibétains, le peuple mongol a longtemps considéré les loups comme des « passeurs d’âme ». Recouverts d’un linceul, les morts étaient abandonnés dans la steppe afin d’être dévorés par les loups pour qu’ils emportent leur âme au ciel. Cette croyance était aussi justifiée par le fait que chassant pour manger, il était juste de rendre leur chair à la terre.

loups1

Les animaux ont toujours été beaucoup divinisés. Les Egyptiens chargeaient ainsi un chien, le dieu Anubis, de les aider à franchir le Rubicon. Que ce soit en Egypte, en Asie ou en Amérique, toutes les espèces animales ont été « totemisées ».

À l’inverse, mais là on s’éloigne du cas particulier des loups, l’Occident a eu tendance à les « humaniser » : l’animal est considéré comme une « personne ». Soit on lui fait des procès, on le juge, on le condamne et on le pend. Soit on l’« héroïse », on peut même aller jusqu’à le décorer. C’est le cas de chiens ayant sauvé leur maître de la noyade : au lieu de chercher à comprendre l’univers de cet animal, on lui prête les mêmes intentions et les mêmes représentions que les nôtres. On anthropomorphise.

 

Que pensez-vous de cette scène du double suicide tirée du livre de Jiang Rong ? Les chasseurs qui en ont été témoins ont peut-être anthropomorphisé en suicide ce qui, pour un des loups acculé, est un réflexe de fuite (en tentant de s’échapper par l’abîme comme les prisonniers des tours en flammes du 11 Septembre) et pour l’autre un geste désespéré de creusement d’un tunnel qui se termine involontairement en auto-ensevelissement ? Ces animaux agissent-ils ainsi pour conserver leur dignité ? Ont-ils conscience du caractère irréversible de leur geste ?

Je répondrai que non : seuls les hommes se suicident. Il est important de faire une distinction entre la perception de la mort et sa représentation. Les animaux perçoivent la mort et cela les inquiète beaucoup – j’ai le souvenir d’un groupe de singes resté complètement silencieux et hébété durant plusieurs semaines après la noyade d’un des leurs. Eux dont les cris sont très sémantisés, ne « parlaient » plus. Ils étaient désorganisés par LE mort. Dire qu’ils aient une représentation de LA mort paraît plus discutable. Pour cela, il faut avoir une aptitude à la métaphysique, être capable d’avoir une représentation très élevée du temps.

 

Comment l’acquiert-on ?

Le cerveau doit être en mesure d’associer des informations anticipées avec des informations passées : pour pouvoir anticiper le fait que quelqu’un ne reviendra pas, l’être vivant doit avoir en mémoire l’expérience de quelque chose qui a totalement disparu. Cette notion d’irréversibilité du temps nécessite une maturation biologique que nos propres enfants n’acquièrent pas avant l’âge de 6 ou 8 ans. Les animaux sont-ils capables de cette performance métaphysique ? La réponse est nuancée. Comme nos enfants, les animaux, qui ont un grand lobe préfrontal connecté au circuit limbique des émotions, pressentent la représentation de la mort mais il ne s’agit pas de la mort irréversible : ils ont la même représentation du temps que les enfants qui pensent que leur grand père ou leur grand-mère disparus sont partis très loin, ailleurs, sur un nuage, et qu’il suffit d’attendre pour qu’ils reviennent. Ils ont un début de la représentation de la mort mais n’accèdent pas à sa représentation métaphysique.

 

Comment expliquez-vous que, malgré tout, des animaux fassent le choix de disparaître ?

Un certain nombre de comportements désadaptés peut les y mener : les lemmings, par exemple, ne se suicident pas. Mais leur surnombre, qui a provoqué une désorganisation écologique, provoque en eux des troubles tels qu’ils ne sont plus capables de traiter l’information : c’est ce qui explique qu’ils s’orientent vers le soleil couchant, se noient ou se jettent des falaises. Ils n’ont aucunement l’intention de se donner la mort irréversible. Mais, nous autres, êtres humains, anthropomorphisons en disant qu’ils se sont suicidés.

 

Quel mot convient alors pour ces chiens qui se laissent mourir sur la tombe de leur maître ? Que penser de cette anecdote rapportée par Jean-Jacques Annaud qui a assisté à la fin de vie d’une oie chez lui à la campagne : celle-ci a cessé de s’alimenter et s’est laissée mourir à côté du corps de son compagnon mort. Il y a aussi cet autre témoignage qui se déroule dans une province voisine du Tibet et relate le suicide d’une louve ayant mis fin à ses jours en s’élançant contre un rocher pour se fracasser le crâne après qu’on lui a détruit sa portée ?

J’emploierai le mot émotion. Les animaux ont un monde d’émotions, un monde mental. Pour abonder dans ces récits, on a vu des éléphants apporter des feuilles à un de leurs semblables qui était en train de mourir, des Macaques faire des offrandes alimentaires à un proche en fin de vie.

 

Dans « Le Totem du loup », dont est tiré LE DERNIER LOUP, l’auteur, Jiang Rong, raconte comment un loup décide d’abréger les souffrances d’un de ses congénères, mortellement blessé. Cette fois encore, vous diriez qu’il est dans la perception et non dans la représentation ?

J’ai observé ces comportements chez les goélands et chez d’autres espèces animales. Ils s’expliquent en réalité par la désorganisation que provoque en eux l’animal blessé. Celui-ci émet des cris et adopte des postures que l’animal sain ne parvient pas à décoder. Je me souviens d’un goéland blessé qui mélangeait cris d’appel et cris d’alerte, appelant ainsi au secours tout en enjoignant ses semblables à se sauver. Ne sachant comment répondre à un message aussi contradictoire, les autres ne cessaient de tourner autour de lui et ont fini par l’achever à coups de bec. Jane Goodall, la fondatrice de l’éthologie moderne, rapporte une expérience similaire avec un groupe de singes dont certains avaient été victimes d’un virus entraînant une paralysie faciale et des membres. Marchant mal et ayant des mimiques faciales déformées, ceux-ci ne parvenaient plus à se faire comprendre du reste du groupe qui, soit s’écartait d’eux et s’enfuyait, soit adoptait une attitude très agressive pouvant mener à la mise à mort.

Cela dit, il existe aussi des comportements d’entraide entre les animaux Lorsqu’un dauphin est malade, les autres se collent ainsi contre lui pour l’aider à nager. Là encore, ils éprouvent des émotions.

 

Dans LE DERNIER LOUP, Petit Loup, le louveteau élevé par Chen Zhen, parvient à entrer en communication avec ses semblables en hurlant comme eux. Mais très vite, la communication coupe court et la meute se désintéresse de son sort…

Lorsqu’il entre en contact avec ses semblables en hurlant, c’est sa partie génétique qui s’exprime. Mais, le louveteau, qui est élevé parmi les hommes et les chiens, n’a pas eu accès à une autre partie, indispensable, qui est celle de l’apprentissage. Il est capable d’émettre un signal mais ne possède pas la signature auditive de la meute dont le hurlement se termine par un son spécifique qui marque son appartenance au groupe et agit comme une sorte de tranquillisant naturel. Ce louveteau qu’ils entendent ne s’exprime pas comme eux.

 

La fréquentation du louveteau modifie de façon conséquente le comportement de Chen Zhen. Il en adopte la prudence, la patience, le courage…

Il est tout à fait exact que la fréquentation des animaux peut nous changer durablement. On le voit chez les délinquants auxquels on propose de s’occuper de chevaux – une pratique de plus en plus courante aux États-Unis. Le fait de s’occuper de ces animaux les aide à se décentrer d’eux et développe leur aptitude à l’empathie. J’ai vu le comportement de nombreux de mes petits patients changer au contact d’animaux. Les enfants abandonnés, notamment, surinvestissent beaucoup en eux. Je me souviens d’une petite fille incroyablement seule et maltraitée qui me disait : « Lorsque je suis trop malheureuse, je prends la tête de mon chien, je colle mon front contre le sien, je lui raconte mes malheurs, il m’écoute sans bouger, bien sûr, il ne répète rien de ce que je lui confie. Je suis étonnée de voir à quel point je me sens mieux après lui avoir parlé. »

Il y avait, dans son récit, un mélange de vérité et d’interprétation. Verbaliser son malheur et rendre ainsi sa cohérence au monde lui avait permis, c’est vrai, de se sentir moins mal, mais attribuer à son chien le pouvoir de la comprendre et de vouloir l’aider tenait davantage de l’interprétation. Le chien avait effectivement compris beaucoup de choses de ce que cette petite fille lui avait confiées – les chiens humanisés comprennent plusieurs centaines de mots ce qui n’est pas rien. Pour autant, il ne les avait pas comprises telles que nous, êtres humains, l’entendons. Il les a comprises dans son monde de chien.

 

Comment évaluez-vous la perception qu’ont de nous les animaux ?

Je dirais qu’ils sont un peu comme nous lorsque nous regardons un film muet : ils comprennent les intentions, l’expression de nos émotions.

 

On a le sentiment que le jeune homme entre véritablement dans la tête de son louveteau. L’inverse n’est pas vrai. Petit Loup tisse des relations affectueuses avec le jeune étudiant, joue avec lui, obéit à certaines injonctions mais ne songe en réalité qu’à s’échapper. Comment expliquer que son comportement se modifie si peu ?

Comme la plupart des animaux, les canidés ont une double empreinte, celle intra-spécifique de leurs congénères, celle inter-spécifique du milieu dans lequel ils évoluent – la neuro-imagerie montre maintenant comment l’empreinte sculpte les cerveaux en traçant des zones et des circuits cérébraux. Ce louveteau, a pris l’empreinte de sa mère puis celle du jeune homme mais l’empreinte biologique de la mère était probablement plus forte et il s’oriente de manière préférentielle vers cette mère qu’il n’a pas connue plutôt que vers le jeune homme qu’il a pourtant fréquenté.

 

Quelles conséquences peut-on tirer de cette quête permanente de l’homme à tenter d’humaniser les animaux ?

En agissant ainsi, on a modifié leurs comportements et leurs métabolismes. Humanisés, les animaux sont devenus plus gros et plus grands et développent, tout comme l’homme, un certain nombre de maladies dégénératives. On arrive aujourd’hui à un point de rupture car ces changements ne concernent pas seulement les espèces qui vivent auprès de nous : ils intéressent aussi les espèces sauvages. Le développement de l’urbanisme a eu d’énormes répercussions. Les tigres redeviennent agressifs ; les biches n’ont plus peur de l’homme ; dans les forêts, de plus en plus de joggeurs se font attaquer par des cerfs et des sangliers alors qu’il y a encore quelques années, ces animaux se cachaient. La distance de fuite entre les hommes et les animaux se réduit de plus en plus.

 

Partout dans le monde, la réintroduction du loup – comme celle des ours actuellement dans les Pyrénées -, continue d’alimenter les polémiques. Quelle est votre position à cet égard ?

C’est un problème complexe. Lorsqu’une espèce animale disparaît, notre propre espérance de vie est réduite. Éliminer les loups, chasser les ours revient donc à mettre en danger notre propre développement mais, à l’inverse, les réintroduire et donc réaugmenter notre espérance de vie en rééquilibrant le système, provoquera de loin en loin des accidents. On vivra mieux, plus longtemps, mais il y aura cette menace planant sur nous. La vie est une aventure incroyable mais elle est dangereuse.

Loups4

Boris Cyrulnik est un neurologue, psychiatre, éthologue et psychanalyste français.

Directeur d’enseignement à l’université de Toulon, il est également l’auteur de nombreux ouvrages.