LE DERNIER LOUP a été tourné à la frontière de la Mongolie-Intérieure et de la République Populaire de Mongolie. Il est important de faire la distinction entre ces 2 pays.

 

République de Mongolie et Mongolie-intérieure

La République de Mongolie, dont la capitale est Oulan-Bator, est un État indépendant depuis 1924. Calquée sur le modèle soviétique jusqu’en 1989, elle s’est dotée d’une nouvelle constitution en 1992 et s’est ouverte à l’économie de marché. Avec seulement 6 millions d’habitants pour une surface de 1,5 millions de km2, le pays reste très pauvre (40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté). Le chinois y est proscrit : on y parle le russe et le mongol mais cette dernière langue n’est plus écrite : l’adoption de l’alphabet cyrillique soulève de nombreux problèmes, notamment pour les échanges avec l’étranger et le tourisme, très en pointe – Les Français se rendent en masse en République de Mongolie pour effectuer des circuits de randonnées équestres. À Oulan-Bator, il existe même une rue française, avec des restaurants français et des boutiques françaises, dont une librairie.

La République de Mongolie, qui s’est considérablement enrichie grâce à l’exploitation des mines, sur lesquelles l’Australie et le Canada ont la main mise, est en pleine mutation. Elle est écartelée entre traditions et transformation radicales : les yourtes restent très présentes sur le territoire, y compris dans les faubourgs d’Oulan-Bator où les ruraux s’installent de manière désordonnée, causant d’incroyables pics de pollution l’hiver, dus à l’utilisation des poêles à charbon individuels. Si l’on croise parfois des voitures de luxe dans les villes, le réseau routier reste lamentable.

La Mongolie-Intérieure est une Province autonome de la République Populaire chinoise depuis 1947. Elle s’étend au nord de la Grande Muraille et a des frontières communes avec la République de Mongolie et la Russie. D’une superficie de 1,2 million de km2, elle réunit, d’après le bureau national des statistiques de Chine, 24,82 millions d’habitants qui s’expriment majoritairement en chinois (la majeure partie de la population est aujourd’hui constituée de migrants Hans). Seule une petite minorité, entre 2 et 4 millions, s’exprime en mongol. Contrairement à la République de Mongolie, le tourisme y est exclusivement chinois, intoxiqués par la pollution de la capitale, les Pékinois viennent dès qu’ils le peuvent, respirer l’air pur, à quelques heures au-delà de la Grande Muraille, et habiter les yourtes-bungalows des hôtels qui parsèment la steppe. De minuscules maisons rectangulaires en brique ont presque partout remplacé les yourtes traditionnelles. Particulièrement en pointe dans les secteurs de l’énergie (charbon, gaz, or, uranium, pétrole, énergie éolienne) et de l’industrie alimentaire, la Mongolie-Intérieure est devenue la 15e région la plus riche de Chine (sur 31) avec un taux de croissance de 9% en 2013. Son PIB par habitant est l’un des plus élevés du pays.

Malgré une politique d’industrialisation massive, République de Mongolie et Mongolie-Intérieure conservent des paysages à couper le souffle. De part et d’autre, on continue d’y chanter les chants traditionnels en toute occasion.

 

La tradition musicale mongole

Les chants longs (« long songs »), une des grandes composantes de la musique mongole, sont de très jolies mélodies nostalgiques chantées à tue-tête pour être portées par le vent et courir sur la steppe. Les femmes ornent les airs d’improvisations à la manière des sopranos coloratures. Quand elles ne chantent pas a capella, elles sont accompagnées par le « morin huur » ou viole à tête de cheval, sorte de violoncelle aux cordes tressées en crin de cheval.

L’UMA, autre composante de la tradition musicale mongole, est un chant de gorge diphonique, où le même chanteur produit un bourdon dans les basses et une harmonique dans les très aigus, qui donnent l’impression d’une musique électronique. Importé de Mongolie Septentrionale par Gengis Khan, l’UMA servait de musique sacrée à sa cour. Interdite en Mongolie-Intérieure durant la révolution culturelle, l’UMA est redevenu très à la mode des deux côtés de la frontière depuis quelques années. Les jeunes chanteurs mongols s’accompagnent souvent du « morin huur ». Quand ils sont solistes avec orchestre, ils jouent à l’unisson avec un « muttan shar », sorte de flute tuyau, et des tambours biface.

James Horner a intégré tous ces éléments dans la musique du DERNIER LOUP.

 

L’esprit de conquête des mongols

Attila et sa tribu de Huns, au IVe siècle, Gengis Khan, au XIIe siècle, puis Tamerlan, surnommé « Timour le boiteux », au XIVe siècle… les guerriers mongols étaient redoutés des Européens. Dépourvus d’attaches mais riches de leurs chevaux, d’une robustesse et d’une stabilité inouïe, ceux-ci permettaient à leurs cavaliers de tirer à l’arc au galop sans rater leur cible, ce peuple de conquérants, également inventeur de l’étrier, emportait tout sur son passage en semant la terreur.

Souvent peu nombreux (bien moins, en tous cas que les chiffres rapportés dans les manuels d’histoire), ils partaient au combat avec un minimum de vivres (très protéinés) et adoptaient à la guerre le même comportement que celui des loups à la chasse ; attendant des jours entiers dans les bois avant de passer à l’attaque ou faisant semblant de s’enfuir puis se retournant pour viser leurs poursuivants en plein cœur.

 

Gengis Khan, chef suprême

En moins de 25 ans, de 1201 à 1225, Gengis Khan a bâti l’empire le plus vaste de tous les temps, conquérant la majeure partie de l’Asie, incluant la Chine, la Russie, la Perse, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est.

Arrivé tardivement au pouvoir, vers l’âge de 50 ans, fin politicien et génie militaire, il fait partie des plus grands conquérants de l’Histoire.

Gengis Khan, qui se réclamait fils du mythique Loup bleu, a toujours revendiqué l’influence des loups sur sa manière de combattre. Son art de la guerre lui venait, disait-il, de leur observation… C’est en s’inspirant de la hiérarchie de la meute qu’il bâtit ainsi un nouveau système militaire, basé sur le système décimal. Peu importante pour l’époque (environ 95 000 hommes, peut-être moins) son armée se distingue par ses formidables cavaliers et ses archers. Soucieux de mettre un terme aux conflits entre tribus, Gengis Khan est également à l’origine de la Grande Yaza (loi), un ensemble de règles ayant autorité sur les lois locales. La première de celles-ci prône l’interdiction de kidnapper les femmes, l’une des plus grandes causes de querelle entre les Mongols. Avec la Grande Yasa, Gengis Khan rompt ainsi avec des habitudes centenaires.

La légende veut qu’il soit venu au monde en tenant dans son poing un caillot de sang en forme d’osselet, signe de ses futurs exploits. On lui prête une enfance difficile : né vers 1155, à Dunlunboldag dans la région du Khentii, Gengis Khan, il se nomme alors Temüjin, a perdu son père, empoisonné par un clan rival. Dépouillés de leurs biens à sa mort, lui et sa famille ont vécu dans une extrême pauvreté. Son esprit de conquête lui serait venu d’un désir de vengeance par rapport à ces années douloureuses. Dès l’âge de 16 ans, le caractère de celui qui deviendra l’un des guerriers les plus sanguinaires de l’histoire, s’affirme déjà : il tue son demi-frère qui lui a volé… une alouette et un poisson. À 19, grand, sec et musclé, il est devenu un guerrier aguerri et un politique habile.

C’est en 1201, qu’après avoir entièrement soumis la steppe, Gengis Khan est proclamé « Grand Khan universel », empereur fondateur de l’empire mongol. À sa mort en 1227, des suites d’une chute de cheval ou d’une épistaxis (un saignement de nez), les versions des historiens divergent, il est ramené solennellement dans son pays d’origine (son escorte aurait tué tous les témoins du cortège afin que le lieu de sa dernière demeure reste secret) et enterré au pied d’un arbre du mont Bugan-Qaldun. Sa tombe est restée introuvable.

Vénéré par le peuple mongol pour ses exploits guerriers, son sens de l’honneur, sa fidélité en amitié et sa tolérance en matière de religion, Gengis Khan fait l’objet d’un véritable culte dans son pays. Alors qu’on assiste à une puissante résurgence du nationalisme régional, il inspire de nombreux mouvements intellectuels en République de Mongolie ; la jeunesse masculine mongole, de République de Mongolie comme de Chine, se rase le crâne et arbore fièrement queue de cheval et moustaches en son hommage, rendant la légende de son retour plus vivace que jamais.

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