A la fin des années 20 en Indochine… La jeune fille a quinze ans et demi. C’est la fin des vacances scolaires. Ce matin, elle retourne à Saïgon, au pensionnat où elle dort tout en suivant les cours au lycée de la ville. Le car pour indigènes est parti de Sadec où sa mère dirige l’école du village.

Pendant la traversée du Mékong, sur le bac, la jeune fille descend du car et va au bastingage. Elle porte une robe en soie naturelle, une paire de talons hauts en lamé et, plus surprenant, un feutre d’homme couleur bois de rose.

Sur le bac à côté du car, il y a une grande limousine noire, une Morris Léon-Bollée conduite par un chauffeur. Au fond de la voiture un homme très élégant regarde la jeune fille. C’est un Chinois. Il est vêtu à l’européenne, d’un costume de tussor clair.

L’homme descend de la limousine et s’avance lentement vers la jeune fille. Il a trente-deux ans. Il revient de Paris où il a fait de très vagues études. Il est l’unique héritier d’un homme enrichi dans l’immobilier populaire de la colonie. Le Chinois propose à la jeune fille de la ramener à Saïgon. Dorénavant, elle ira au lycée en limousine.

Très vite, un jeudi, le Chinois l’emmène dans sa garçonnière, une chambre sombre immergée dans le vacarme continu de la ville. Pendant un an et demi la jeune fille sera “la préférée de (la) vie” de cet homme-là.

Mais la mère, la folle, la désespérée, ne doit pas l’apprendre. Et le frère aîné dévoyé non plus, ni le petit frère fragile. On se voit, on soupçonne, on méprise… des sauvages.

Et la jeune fille est renvoyée au seul désir, qu’elle ne veut pas appeler de l’amour, désir de son amant si expert, désir que lui inspire une de ses compagnes Hélène Lagonelle, désir qui la déclasse et la sublime.

Mais cet amour fou n’a pas d’avenir. Le père du Chinois préfère voir son fils mort plutôt qu’avec cette petite “prostituée” blanche qui d’ailleurs va rentrer en France. Et puis n’est-il pas promis depuis longtemps à une Chinoise ?

Alors le Chinois et la jeune fille s’abîment dans une frénésie d’étreintes mais ils ne se parlent presque plus. Et les corps parfois se dérobent, et la honte submerge le Chinois.